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Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Patrimoines en Lettres et Langues


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    Axe 1

    Axe 1 : Mythes et sacré

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    Les membres du CIRPaLL ayant exprimé le vœu de se rattacher à l’axe 1, intitulé « Mythes et sacré », mènent des recherches dans différents domaines de spécialité, recourant à des approches complémentaires et analysant des textes de langues et de cultures variées (langues et littératures anciennes, françaises, anglophones, germaniques, linguistique, stylistique, philosophie…). Leurs champs d’étude, qui couvrent l’ensemble de la temporalité (de l’Antiquité à nos jours), témoignent d’un intérêt pour les questions relatives aux mythes et au sacré. Désireux de tirer le meilleur parti d’une synergie favorable, ils souhaitent orienter leurs travaux de recherche dans une perspective résolument transdisciplinaire, en diachronie, sur la longue durée, dans le cadre de projets collectifs conçus dans un large esprit d’ouverture et de « décloisonnement », faisant également appel à la participation des autres membres du centre de recherche et, plus largement, à celle de chercheurs de toutes disciplines et de tous horizons, pouvant être intéressés.

    Les travaux menés dans le cadre de cet axe de recherche, portant sur un corpus de textes de genres différents et d’époques variées, seront centrés autour d’une problématique principale, « l’humain en question », dans le but d’étudier les liens étroits qui unissent, en interaction, les mythes (au pluriel, comme leurs multiples variantes et réécritures) et le sacré (au singulier, mais appréhendé sous ses différents aspects, en variant les points de vue).

    • Par mythes, on entendra un ensemble de récits, issus d’époques et de cultures variées, considérés comme un ensemble de variantes et de réécritures successives, appelant une étude de leur transmission et de leur réception au travers des époques.
    • La notion de sacré sera distinguée de celle de religion : il conviendra de prendre en compte les notions de croyance et de profane, mais aussi d’envisager le sacré dans ses rapports avec la transcendance.

    Le sacré est omniprésent dans les mythes qu’il informe et, inversement, les mythes tiennent un rôle essentiel dans l’expression et la transmission des valeurs du sacré et des aspirations de l’homme au sacré. On se propose donc d’étudier comment les mythes peuvent contribuer à renouveler et à réinventer le sacré, comment ils permettent aussi d’introduire différentes formes d’humanisation qui, une, fois encore, remodèlent le sacré. Seront, enfin, considérées les manifestations d’une remise en cause des valeurs et principes du sacré.

    La dimension idéologique des textes étudiés constituera un axe de recherche important, amenant à voir dans les mythes et le sacré les reflets d’une société et de ses intérêts, en s’interrogeant sur les différents usages qui peuvent en être faits. Se poseront donc également les problèmes de la vérité et de la fiction. La subjectivité, enfin, considérée notamment dans ses liens avec la norme, constituera un arrière-plan essentiel pour l’ensemble des travaux : elle pourra être étudiée tant du point de vue de l’auteur que de celui du lecteur, au travers de ses manifestations dans le travail d’écriture (stylistique, onomastique, reprises de thèmes, intertextualité, jeux sur les genres…), dans les choix opérés, dans les interprétations et lectures mises en œuvre (problématiques de l’exégèse et de l’herméneutique). De ce point de vue, il faudra prendre en compte aussi bien les formes d’adhésion et de croyance que celles de contestation, de critique et de rejet. Dans tous les cas, le rôle de l’homme s’avère déterminant et une attention particulière sera portée à sa place vis-à-vis du domaine du sacré, ainsi qu’à son degré d’éloignement ou de proximité, en lien avec son « usage » des mythes.

    Mots clefs

    mythes, sacré, profane, transcendance, croyance, subjectif, normatif, interprétation, exégèse, herméneutique, idéologie, communauté, individu, vérité, fiction, écriture, stylistique

     

    Projets scientifiques 2017-2022 et actualités scientifiques

     

    Compte rendu du séminaire de recherche de l’axe 1 « Mythes et sacré »,
    Jeudi 14 juin 2018, 10h-12h30

     Télécharger le fichier «CR séminaire Axe 1 14 juin 2018.pdf» (99.4 KB)

     

    Compte-rendu du séminaire de recherche de l'Axe 1
    Vendredi 14 décembre 2018, 10h-12h30

     

    1. Conférence donnée par Hélène AVERSENG : « Le mythe de Judas au Moyen Âge : limites et complexité de l’homme face au sacré ».

    Hélène AVERSENG, Doctorante à l’Université d’Angers, membre du CIRPaLL, prépare actuellement une thèse sous la direction de Madame Élisabeth MATHIEU, « Judas dans la littérature médiévale (XIIe s. – XVe s.) ». Représentante des Doctorants au Conseil de Laboratoire du CIRPaLL, coordinatrice de TranversALL, elle organise, en collaboration avec Élisabeth MATHIEU, le prochain colloque de la SLLM, « La littérature médiévale entre mythe et sacré », qui aura lieu les 17 et 18 janvier 2019 à l’Université d’Angers

    1.1  Résumé de la conférence

    Le mythe se définit par le sujet qu’il raconte (les origines) et par la manière de le raconter (la narration), qui ouvre la voie au phénomène de réécriture. Les analyses de M. Eliade ont insisté sur le concept de mythe des origines, le mythe étant chargé d’actualiser le sacré et de répéter le modèle premier (archétype et mythe de l’Éternel Retour). A. Boureau (L’événement sans fin. Récits et christianisme au Moyen Âge, Les Belles Lettres, Paris, 1993) a proposé un concept intéressant, permettant de renouveler l’approche du mythe, celui d’ « événement sans fin » : le mythe des origines, fondateur, établit une temporalité linéaire et circulaire ; il s’inscrit dans le temps historique et se révèle alors « historiquement fugitif », faisant l’objet d’une exégèse infinie (commentaire perpétuel) et d’une répétition par l’imitation : c’est en ce sens qu’il peut être qualifié d’ « événement sans fin ».

                Ce modèle interprétatif peut guider l’analyse d’une figure mythique comme celle de Judas, considéré comme un archétype, dont la « construction » reprend de nombreux éléments propres aux mythes grecs. Le personnage révèle son originalité : contrairement aux « Êtres Surnaturels » évoqués par M. Eliade (dieux, héros, monstres, saints…), Judas se caractérise par son humanité, mais se voit transformé en figure mythique.

                Judas est peu présent dans les Évangiles et son rôle se résume à celui du traître. On ne sait rien de ses origines et de son passé. Sont évoquées sa trahison pour trente deniers, sa colère contre Marie Madeleine, lorsqu’elle oint les pieds du Christ d’un onguent précieux qui aurait pu être vendu pour les pauvres (thème très développé au Moyen Âge), la possession diabolique qu’il subit lors de la Cène au moment où le Christ lui donne « la bouchée », sa pendaison, enfin, quand il est saisi de remords après sa trahison.

                Les premières interprétations apparaissent dans l’Évangile de Judas (courant gnostique), qui met en avant l’ambiguïté du personnage : Judas est bien traître, mais il tient un rôle déterminant dans la Passion du Christ et son intervention fait partie d’un plan divin. Origène pose le problème du libre arbitre. Saint Jérôme voit en Judas le représentant des Juifs, ennemis de la religion chrétienne. Saint Augustin définit le suicide comme le plus grand pêché (acte de désespoir et volonté d’échapper au jugement, témoignant d’un refus de reconnaître la possibilité du pardon divin).

    Les premières adaptations littéraires sont des poétisations des Évangiles (épopées latines de Juvencus, Sedulius, Arator, textes poétiques en Ancien Français).

    C’est à partir du XIIe siècle que se développe une légende de Judas, dans le cadre de Vies qui inventent une naissance et une jeunesse du personnage, éléments que l’on retrouve dans la Légende dorée de Voragine. Le plus ancien texte attesté (XIIe s.) reprend le modèle du mythe d’Œdipe, bien connu par le Roman de Thèbes, à un moment où l’on redécouvre la mythologie antique. Le père de Judas rêve qu’il sera tué par son fils qu’il abandonne à sa naissance, en lui perçant les jambes ; l’enfant est recueilli par des bergers du village de Scarioth, et intègre la domesticité du roi Hérode. Par un concours de circonstances (consécutif au vol de fruits), il tue, sans le savoir, son propre père et épouse sa mère, dont il aura des enfants. En découvrant la vérité, il se suicide par pendaison. L’analyse du texte permet donc de faire apparaître une succession de mythèmes parfaitement parallèles à ceux qui composent le mythe d’Œdipe.

    Une deuxième version (Légende H, XIIe-XIIe s.) ajoute quelques éléments : c’est la mère qui voit en rêve son fils, sous la forme d’une torche sortant de son ventre et incendiant la Judée, la Galilée et Jérusalem. L’enfant est abandonné dans un coffre en bois et jeté à la mer (cf. Moïse), puis il est recueilli par des pêcheurs qui l’élèvent. Devenu adulte, il participe aux Jeux Olympiques, suscitant la jalousie des jeunes gens de son âge (topos médiéval des tournois, mais aussi reprise du thème de l’envie des jeunes gens à l’endroit d’Œdipe, déjà présent dans le Roman de Thèbes, 151-164). Hérode est remplacé par Ponce Pilate. Après la révélation de l’inceste, Judas veut se jeter sur son épée.

    La Légende dorée ajoute, à nouveau, d’autres mythèmes : le coffre est recueilli par une reine, qui adopte l’enfant qu’elle fait passer pour le sien, avant de mettre au monde son propre fils ; cette péripétie permet d’attribuer à Judas un nouveau crime terrifiant : le fratricide (cf. Abel et Caïn, et, pour le thème du frère adoptif, Moïse). Judas cumule les pires fautes (parricide, fratricide, inceste), par référence au mythe d’Œdipe et à d’autres mythes héroïques antiques, mais aussi dans le contexte d’un antisémitisme très marqué à cette époque (cf. A. Boureau), la figure du Juif s’apparentant à celle du bouc émissaire (cf. R. Girard). La légende de Judas, indissociable du contexte historique dans lequel elle s’élabore, s’inscrit également dans la tradition païenne comme dans le surnaturel, pouvant ainsi acquérir une pleine dimension archétypale.

    À la fin du Moyen Âge (XVe s.), cette légende connaît une nouvelle réécriture au théâtre (changement générique), dans le cadre des Mystères de la Passion, qui font apparaître une esthétisation des symboles archétypaux ainsi qu’une importance donnée à la parole du personnage, qui raconte lui-même sa vie dans le cadre de tirades ou au sein de scènes infernales et de tortures visant à la fois à faire peur et à faire rire. Ces scènes, faisant apparaître un chaos phonique, par le recours aux insultes et propos orduriers, à la polyphonie, mettent en avant le personnage du Juif, homme-diable, bourreau du Christ, refusant la chrétienté, dont Judas est le parfait représentant, incarnation du Mal par excellence.

    Les scènes de monologue révèlent le travail de construction d’un individu. Le thème du repentir permet d’établir un rapprochement entre Judas et Marie Madeleine : tous deux, placés entre le Bien et le Mal, le pêché et le repentir, le matériel et le spirituel, vont vers le Christ. Mais Marie Madeleine se repent définitivement, tandis que Judas se laisse tenter par Satan. Les monologues font apparaître une bipolarité incarnée par Judas, entre esprit et chair, âme et corps. Ils insistent sur le thème du remords après la trahison et sur le sentiment de désespoir : image du fou consumé par le feu, « brasier de convoitise », « brandon », à mettre en relation avec le rêve de la mère dans la Légende H, mais préfigurant déjà des thèmes raciniens, présents notamment dans le célèbre monologue de Phèdre. De fait, il s’agit là des premiers monologues de l’hésitation dans le théâtre français, construits sur la figure de l’anadiplose, qui se codifient et annoncent les grands monologues du théâtre classique. Dans un monologue, Judas dialogue avec le personnage de Désespérance (monologue éclaté, Judas conversant avec son esprit). Le mythe, caractérisé par sa symbolique collective, peut aussi permettre d’exprimer une intériorité et une subjectivité humaine complexe et il n’est pas indifférent que cette évolution se produise au théâtre, si l’on prend en compte la fonction « rassemblante » et cathartique propre à cette forme d’expression.

    On le voit, le mythe religieux tend à la tragédie. Apparaît donc un nouvel exemple de ce que J.-M. Yvard, lors du précédent séminaire de cet axe 1, avait nommé le « court-circuitage » du doute, parfaitement illustré ici. Contrairement au sacré, le mythe n’impose aucune certitude, mais une pluralité d’interprétations et une construction perpétuelle de sens. C’est ainsi que l’on peut considérer la figure de Judas comme une construction complexe et double : construction d’un personnage archétypal, indissociable de symboles universels et de références à l’imaginaire mythique antique, mais aussi construction d’un individu complexe et ambivalent, doté d’une subjectivité et d’une intériorité, au travers de réécritures et de créations littéraires.

     

    1.2. Discussion

    • L’analyse illustre parfaitement l’importance des reprises et adaptations de mythes grecs antiques, considérés comme une source de modèles archétypaux : Œdipe (avec motif de l’inceste, qui explique la trahison : Judas souhaite obtenir les trente deniers pour pouvoir élever ses enfants !) mais aussi Persée (motif du coffre jeté à la mer), Ajax (suicide par le glaive), Pâris-Alexandre (rêve de la mère)… [L. Gourmelen]

    • La construction de la légende de Judas offre un bel exemple de sécularisation des mythes : les légendes circulent parmi les clercs et théologiens, mais aussi dans les croyances populaires ; volonté de réinterpréter les mythes (importance de l’influence de la scolastique, même si cette volonté est déjà bien présente dans l’Antiquité tardive) ; thèmes de la critique biblique et évolution de l’interprétation des mythes.

    Opposition entre deux formes de temporalité : temps circulaire du mythe dans son essence même / temps linéaire du christianisme ; on assiste progressivement au passage d’une temporalité à l’autre (rôle pivot du christianisme), indissociable de l’émergence d’un sujet humain, dans toute sa complexité (subjectivité qui hésite et doute), annonçant la tragédie classique [J.-M. Yvard]

    • Importance de la transmission des mythes et croyances : celui qui écrit est messager et relais [F. Taylor]

    • S’agissant des philosophes médiévaux, il est difficile de savoir ce qu’ils pensent véritablement : problèmes du libre arbitre et du rôle du sujet dans la transmission [J.-M. Joubert]

    Parler de mythes dans le cas de figures ou récits bibliques ne va pas sans poser problème, car il ne s’agit plus alors, stricto sensu, d’un temps mythique (in illo tempore), même si le temps demeure circulaire, par le biais de l’année liturgique. On peut désigner le Christ comme figure mythique, la Passion comme scène mythique, mais il faut alors s’écarter du modèle interprétatif mis en place par Eliade, pour glisser vers la notion de mythe moderne (Tristan, Don Juan…), voire plus moderne encore, ancré dans la réalité historique (Napoléon). Le mythe demeure mythe, car il délivre des vérités symboliques et existe au travers de constructions littéraires successives [C. Auroy]. La légende de Judas interroge tous les aspects du mythe et ne constitue pas seulement un mythe littéraire. Il faut s’écarter des théories de M. Eliade et les analyses d’A. Boureau s’avèrent mieux adaptées. Le temps du mythe de Judas se révèle alors paradoxal, linéaire et circulaire tout à la fois.

    • Il faut poser le problème de la temporalité : selon une conception totalement différente de celle du temps judaïque, pour les Chrétiens, le salut inauguré s’inscrit dans le temps : tout est accompli, mais le salut n’est pas là. Le Chrétien vit d’un événement passé. [J.-M. Joubert]

    • Un historien espagnol vient de publier un livre sur le Christ historique : le personnage réel aurait donné lieu, ensuite, à une construction (désir d’authentification et de mystification, le terme étant important et à distinguer de « mythification »).  Se pose donc le problème de la critique historique de la Bible, du conflit entre vérité archétypale et vérité historique.

    L’analyse de la figure de Judas montre l’importance de l’ancrage dans un contexte historique, s’agissant en particulier des Mystères, ayant pour but de moderniser et d’actualiser la Passion, ce qui se vérifie également dans différents textes espagnols de la même période [M. D. Alonso-Rey]

    • L’opposition entre temps linéaire et temps circulaire peut être résolue par le recours au concept chrétien d’anamnèse et par la répétition accomplie au travers des rites. [O. Beneteau]

    • Un parallèle pourrait être proposé entre Judas et le Christ, les plaies sur les jambes pouvant être rapprochées des stigmates du Christ. [K. Cotteau]

    L’ambiguïté du mythe s’instaure dès l’origine, lorsque, dans la Poétique, Aristote définit le mythe comme le constituant principal de la tragédie, « l’intrigue ». Or les Évangiles sont construits comme des tragédies, sur le même principe : rien ne peut changer ni empêcher l’aboutissement de l’action.

    Le mélange de christianisme et d’hellénisme (recours aux mythes), dont témoignent les différentes réécritures de la légende de Judas, est passionnant et émouvant.

    S’agissant du monologue d’hésitation, l’image du feu et de l’incendie doit être aussi rapprochée de celle que l’on trouve dans le Cantique des Cantiques.

    Le christianisme s’impose comme une religion du doute et du questionnement. [E. Vernadakis]

    • Le thème du suicide pose un problème d’interprétation : acte noble et de courage ou acte condamnable : l’évolution de cette perception fait aussi apparaître une opposition entre valeurs païennes antiques et valeurs chrétiennes. [M. D. Alonso-Rey] Le suicide de Judas demeure ambigu : Saint Augustin le condamne, tandis qu’Origène le défend, en tant qu’acte de repentir sincère.

    • L’analyse de la légende de Judas fait apparaître la complexité des interprétations qui proviennent du discours théologique dogmatique (influence de l’Aristotélisme), mais révèlent une part de construction esthétique, vecteur d’ambiguïté. Fondée sur des principes chrétiens, la construction de la figure de Judas se développe d’un point de vue esthétique et constitue une définition de l’homme par le doute.

    La figure de Judas est indissociable du thème de la tentation. Il apparaît, en définitive, que la frontière est très faible entre Judas et Marie Madeleine, entre miséricorde et suicide désespéré. [O. Beneteau]

    • L’importance des rêves et songes, typiques de l’imaginaire judéo-chrétien, s’impose au détriment du motif de l’oracle, sans doute parce que ce dernier se caractérise souvent, dans les mythes grecs, par son caractère ambigu et trompeur, et parce qu’il perd de sa valeur dans une religion fondée sur la Parole divine révélée et infaillible. [K. Cotteau et L. Gourmelen]

    • Contrairement à ce que l’on constate dans le cas d’Œdipe, le thème de la claudication est peu exploité pour caractériser Judas, qui se reconnaît à la couleur de ses cheveux (roux), de ses habits (jaune) et à la bourse qu’il porte. [L. Gourmelen et réponse d’H. Averseng]

    • Un ouvrage des années trente, Jésus raconté par le Juif errant, présente Judas comme un sicaire qui, par déception, trahit le Christ. Cette représentation peut permettre d’éclairer la réécriture de la légende de Judas au Moyen Âge, d’autant que se développe dans la littérature juive la représentation héroïque d’un Judas, conçu comme contre-modèle du Christ, même si cette représentation révèle une part d’ironie et de moquerie : il s’agit surtout, sans doute, de rassurer les troupes dans un contexte où domine la foi chrétienne. [J.-M. Joubert]

    • La prise en compte du folklore et des croyances populaires peut permettre d’enrichir l’analyse d’un mythe, s’agissant en particulier de la tradition de l’arbre de Judas, nom donné par les Anglais et les Grecs à l’arbre de Judée, arbre aux branches duquel se serait pendu Judas : pourquoi avoir choisi un si bel arbre pour un personnage aussi négatif et détestable ? [E. Vernadakis] Le corpus des textes évoquant Judas comporte des Ballades écrites en Moyen Anglais. Sur la mort de Judas, deux traditions s’opposent : celle de la pendaison (Évangile de Matthieu) et celle de l’éventrement consécutif à un accident (Actes des Apôtres).

    Les participants à ce séminaire ont unanimement apprécié la très riche et stimulante conférence donnée par Hélène Averseng, comme en témoignent les nombreuses interventions résumées ici à grands traits. Ils ont aussi beaucoup apprécié de voir apparaître des points de convergence avec la précédente conférence donnée par Jean-Michel Yvard, certains éléments d’analyse se retrouvant dans un autre contexte, d’autres approches et thématiques se faisant également jour, permettant d’enrichir notre étude des liens entre mythes et sacré. C’est dans cette continuité que nous souhaitons inscrire ce séminaire, conçu comme un lieu d’échange du savoir, des idées et de la réflexion sur notre thématique.

     

                2. Réflexion sur les projets et travaux à venir

    2.1. Prochains séminaires de recherche

    • Vendredi 25 janvier, 10h-12h , salle F. Kahlo : conférence donnée par J.-F. Joubert, « Comment peut-on être transhumaniste ? »

    • Vendredi 15 février 2019, 10h-12h : salle Aimé Césaire : conférence donnée par F. Daviet-Taylor, « Les mots du sacré »

    • Vendredi 22 mars 2019, 10h-12h , salle F. Kahlo : conférence donnée par L. Gourmelen, « Hommes et dieux, mortalité et immortalité : des limites en question dans la Théogonie d’Hésiode ? »

     

    2.2. Colloques

    • 17-18 janvier 2019 : « La littérature médiévale entre mythe et sacré », org. E. MATHIEU et H. AVERSENG (colloque du Congrès de la Société de Langue et Littérature Médiévales)

    • Décembre 2019 : « L’écologie entre politique et sacré », org. G. et J.-M. YVARD

     

    2.3. Organisation d’une journée d’étude

    Le projet d’une journée d’étude, intitulée « Au-delà de la condition humaine. Dépasser, transgresser, abolir les limites », est présenté et discuté : voir le descriptif donné en annexe, en fin du document.  Cette journée d’étude, conçue dans un esprit de liberté et de large ouverture, sera l’occasion d’un premier travail collectif, visant à faire apparaître des convergences et des rapprochements, afin d’orienter la suite de nos travaux.

    Nous remercions vivement les collègues qui, suite à un premier appel, ont déjà manifesté leur intérêt pour cette journée et proposé des communications. Nous vous invitons toutes et tous très chaleureusement à nous adresser vos suggestions et propositions.

     

    2.4. Projet d’un atelier de travail

    Lors de notre précédent séminaire avait été évoquée la possibilité de mettre en place un atelier de travail, consistant à rédiger des contributions autour des différentes adaptations et réécritures successives d’un thème ou d’un personnage mythique (traductions annotées de textes, présentations et analyses de textes et documents figurées, constitution de corpus…). Ces contributions seraient rassemblées et publiées sur le site du CIRPaLL. Il s’agirait de contribuer à la diffusion du savoir et des connaissances.

    Si ce projet peut intéresser un certain nombre de membres du CIRPaLL, rattachés ou non en priorité à l’axe 1, il faudrait à présent définir un sujet principal, le plus « fédérateur » possible.

    Nous remercions vivement Maria Dolores ALONSO-REY-CHEVALLIER de sa suggestion : le projet pourrait consister à étudier les différents traitements d’un mythe ou d’une thématique ayant trait aux mythes et au sacré dans les pays européens (langues française, anglaise, allemande, espagnole, italienne…).

     

    2.5. Importance des projets

    E. VERNADAKIS insiste sur l’importance des projets et sur l’internationalisation des travaux. C’est une perspective qu’il faudra envisager. La journée d’étude prévue, telle qu’elle est conçue, devra permettre de faire apparaître des sujets et thèmes suffisamment « fédérateurs » pour permettre de définir un axe original et important. Si d’ores et déjà vous avez un projet abouti et le souhait de répondre à un appel à projet, nous vous serions extrêmement reconnaissants de nous en faire part.

       

    ANNEXE : DESCRIPTIF DU PROJET DE JOURNÉE D’ÉTUDE
    Journée d’étude (axe 1 « Mythes et sacré »)

    Descriptif et appel à communications

    « Au-delà de la condition humaine. Dépasser, transgresser, abolir les limites »

     

    Il s’agira d’étudier différentes formes de dépassement et de transgression des limites de la condition humaine, le mot « limite » devant être entendu en son double sens : frontière séparant l’humain du divin, mais aussi restriction contraignante imposée à l’Homme.

    L’analyse se fondera sur différents exemples de figures et de personnages ayant ce pouvoir de dépassement : le héros (au sens propre comme au sens figuré), le saint, le messager, le médiateur, le sage, le devin, le prophète…

    On pourra s’interrogera sur les problématiques suivantes :

    • Les formes que peut revêtir ce dépassement de la condition humaine :

    les spécificités et qualités remarquables pouvant être acquises sont nombreuses et diverses : immortalité, invulnérabilité, force, éternelle jeunesse, bonheur, savoir absolu, don de prescience…

    Ce sont là autant de qualités dont l’homme est privé et qui sont propres au divin : en contrepoint, on s’interrogera donc sur les particularités de la condition humaine

    • Les conditions de ce dépassement :

    il peut s’accomplir de façon permanente et irréversible, mais aussi de façon provisoire, dans certaines circonstances (la transe, l’extase, la possession, l’ascèse et l’entraînement rigoureux, le recours à la « technique »…). Il peut être obtenu de façon magique et extraordinaire, comme un don des dieux, ou être le fruit de la seule volonté humaine.

    • Les implications et les usages de ce pouvoir de dépassement :

    quelles sont les conséquences de ce pouvoir pour les personnages qui l’obtiennent ? quelle est la place dévolue à ces personnages de l’entre-deux, entre humain et divin ? quelle est leur destinée ? peuvent-ils être des modèles à suivre et imiter ?

    • Le jugement porté sur ce dépassement :

    il peut être valorisé et considéré comme bénéfique, ou, au contraire, jugé dangereux, néfaste et réprouvé (thème de l’hubris…).

    Les études porteront sur différents types de textes, présentant un lien avec les mythes et le sacré, de toute époque et toute culture, se référant aux temps des origines, aux temps présents comme aux temps futurs (transhumanisme et problème de la « posthumanité »).

    Compte rendu rédigé par Laurent Gourmelen

     

    Thèses soutenues et en cours

     

    Publications

    Responsables de l'axe

    GOURMELEN Laurent
    laurent.gourmelen@univ-angers.fr (Laurent.gourmelen @ univ-angers.fr)

    YVARD Jean-Michel
    jean-michel.yvard @ univ-angers.fr

    Membres de l'axe

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