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Appel à communication Colloque "Penser la promenade littéraire"

Penser la promenade littéraire

Colloque international et interdisciplinaire

Université de Nantes/ Université d’Angers

11-12 mars 2021

APPEL A COMMUNICATIONS

Alors que le récit de voyage constitue un champ de recherche pluridisciplinaire aujourd’hui très riche, la promenade littéraire, combinaison de l’itinérance et de la lecture, cheminement littéral ou métaphorique sous le signe de la littérature (et des textes d’un autre), est une pratique bien connue mais qui n’a pas encore fait l’objet d’une étude en profondeur. L’objectif de ce colloque est de faire toute la lumière sur cet aspect du tourisme littéraire, en s’attachant aux nombreuses manifestations que l’on en rencontre aussi bien dans les textes littéraires que dans les offices du tourisme ou les revues littéraires, chez les éditeurs touristiques ou parmi les activités des sociétés savantes.

Notons d’emblée que la promenade littéraire, qui s’inscrit dans un tourisme de niche mais au développement dynamique, n’est pas le seul fait des amateurs. Les premiers touristes littéraires sont en effet les écrivains eux-mêmes, tant il est vrai que cette démarche combine souvent curiosité touristique, lecture et création. Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, Henry James, André Breton, François Bon et d’autres lui ont donné ses lettres de noblesse et en ont établi successivement les codes : désir de vivre ou faire vivre le texte[1], recueillement, caractère déceptif des lieux, mise en scène de l’inspiration et de l’influence[2]… Il s’agit de se promener en littérature, guidé par la littérature, c’est-à-dire en lisant, avec ce que ce mode de lecture particulier implique de distance au texte et de discontinuité. En dehors de ces pèlerinages volontaires, la littérature, outil privilégié de médiation aux lieux, s’invite parfois incidemment dans la perception de l’espace, comme le remarque Maurice Halbwachs en évoquant une promenade faite dans Londres « avec Dickens[3] » dans son étude sur la mémoire collective.

Exploitée très tôt par les éditeurs touristiques, reprise largement dans les pages d’été de la presse quotidienne, la promenade littéraire, qui se renouvelle aujourd’hui via les technologies numériques[4], a connu plusieurs formes et plusieurs noms. « Visite au grand écrivain », « pèlerinage » : il s’agit chaque fois de mettre ses pas dans les pas d’un écrivain, et d’opérer un déplacement à la fois spirituel (elle participe en cela d’un tourisme inspiré[5]) et physique, dans un but qui revient toujours à une nécessité d’expérimentation du texte littéraire. Les enjeux de ce déplacement, cependant, diffèrent largement selon la manière dont le visiteur s’identifie : fidèle, curieux, lecteur assidu ou écrivain lui-même – tous ces rôles pouvant bien entendu se confondre et se combiner. Ainsi la promenade littéraire peut-elle devenir le support de la rêverie, de l’identification, de la création ou de la curiosité encyclopédique. Cette diversité expérientielle donne lieu également à une diversité de récits dans lesquels est parfois revendiquée une identité (régionale, artistique, etc.), renforcée au contact de l’écrivain ou du moins des lieux dans lesquels il a vécu.

Pourtant, l’expression « promenade littéraire » n’a pris que tardivement le sens que nous lui connaissons aujourd’hui. Avant d’être un déplacement guidé par la littérature, la promenade littéraire a pu désigner une relation de voyage agrémentée de vers consacrés au paysage, ou encore une lecture à sauts et à gambades, sur les pas d’un ou de plusieurs auteurs. Ces parcours dans les textes donnant éventuellement lieu à comptes rendus, le terme « promenade littéraire » en est venu, au tournant du xxe siècle, à désigner une forme d’approche critique, libre, diverse et éclectique, dont, entre autres, une promenade critique dans la littérature d’un pays. Ce n’est qu’à partir des années 1930 que l’expression semble désigner essentiellement la pratique touristique, elle-même plus ancienne.

Trois objectifs principaux structurent la conception de ce colloque : il s’agit d’abord d’analyser d’un point de vue scientifique un rapport au texte qui, jusqu’ici, n’a pas été pensée pour lui-même mais, en général, dans la perspective de la valorisation des territoires. L’objet requiert une attention d’autant plus grande qu’il mêle plusieurs expériences : on s’intéressera ainsi à la manière dont se combinent rituel esthétique, démarche de critique littéraire, activité touristique et expérience de la ville. Il s’agira également de proposer une approche internationale d’un phénomène dont le spectre reste en général national en raison de son lien à la valorisation des territoires. Le projet vise enfin à interroger les liens réciproques entre tourisme littéraire et construction d’une histoire de la littérature.

Nous serons heureux de recevoir des propositions relevant de toute discipline et portant sur toute aire géographique. Les communications pourront s’inscrire, sans nécessairement s’y réduire, dans le cadre des trois principaux axes de réflexions envisagés :

Axe 1 : La promenade littéraire comme pratique touristique

- évolution de cette pratique dans le temps

- diversité des publics et des traditions touristiques

- rapport aux infrastructures touristiques publiques

- tourisme et histoire littéraire

- tourisme littéraire et sentiment national

  • Axe 2 : Expérience de lecture, expérience touristique

- modalités de la lecture située

- lecture située et appareillage numérique : SIG, réalité augmentée, numérisation…

- rapport entre mise en scène/ mise en voix et mise en tourisme du texte

- expérience touristique et identification

- rapport à d’autres expériences de tourisme littéraire (musées, festivals)

- critique et sociabilités littéraires

  • Axe 3 : La promenade comme genre critique

- promenade littéraire et biographie d’écrivain

- promenade littéraire et filiations esthétiques

- critique et ancrages territoriaux de la littérature

- la promenade littéraire comme motif romanesque

Les propositions de communication (500 mots max.) sont à adresser à Mathilde Labbé (univ-nantes.fr), Tom Williams (univ-angers.fr) et Brigitte Diaz (unicaen.fr) avant le 1er novembre 2020. Le comité scientifique se réunira en novembre pour répondre aux auteurs. 

Rethinking the literary walk

International and interdisciplinary conference

University of Nantes / University of Angers

11-12 March 2021

While travel writing is a very rich field of multidisciplinary research today, the literary walk, a combination of reading and wandering, a literal or metaphorical journey with a literary motive (influenced by another author’s writings), is a well-known practice, but one that has not yet been studied in depth. The objective of this conference is to shed light on this aspect of literary tourism, by focusing on the many manifestations that can be found in literary texts as well as in tourist offices or literary reviews, in the offerings of tourism publishers, or among the activities of learned societies.

It should be noted from the outset that the literary walk, which belongs to a niche, but rapidly developing form of tourism, is not the activity of amateurs alone. Indeed, the first literary tourists were writers themselves, who adopted an approach combining tourist curiosity, reading and creation. Gustave Flaubert and Maxime Du Camp, Henry James, André Breton, François Bon lent credibility to this practice and, in turn, established its codes: a desire to experience or bring a text to life [1], contemplation, the deceptive nature of places, the performance of inspiration and influence [2] ... This involves walking in literature, àr guided by literature, that is to say through reading, with all the distance from the text and discontinuity that this specific form of reading implies. Beyond these voluntary pilgrimages, literature, a privileged tool for mediating places, sometimes appears incidentally in the perception of space, as Maurice Halbwachs remarks when referring to a walk in London "with Dickens" [3] in his study of collective memory.

Exploited very early on by tourism publishers, and widely featured in the summer pages of the daily press, the literary walk, which is being given new life today through digital technologies [4], has had many forms and names. A “visit to a great writer” or “pilgrimage”: each time it is a question of following in the footsteps of a writer, and of making a journey that is both spiritual (in this it participates in inspired tourism [5]) and physical, with a goal that always comes down to a need for experimentation with the literary text. What this journey involves, however, differs widely depending on how the visitor sees his or herself: as a faithful, curious or avid reader, or indeed as a writer in his or her own right - all of these roles can of course be confused and combined. Thus the literary walk can provide a ground for contemplation, identification, creation or encyclopedic curiosity. This experiential diversity also gives rise to a diversity of stories in which an identity is sometimes claimed (regional, artistic, etc.) and reinforced though contact with the writer or at least with the places in which he has lived.

In the French case, the expression "promenade littéraire" only took on the meaning we know today relatively recently. Before being a trip guided by literature, the literary walk could have referred to a travel relationship embellished with verses devoted to the landscape, or even an idiosyncratic reading in the footsteps of one or more authors. These pathways through texts possibly giving rise to reviews, the term “promenade littéraire” came, at the turn of the twentieth century, to designate a form of literary criticism that was free, diverse and eclectic approach, including, among other things, a critical “promenade” through the literature of a country. It was not until the 1930s that the expression seemed to refer mainly to tourism, which was itself older.

This conference has three main objectives: first of all it seeks to analyse, from a scientific point of view, a relationship to literary text which, until now, has not generally been considered on its own term, but rather with a view to promoting local or regional tourism. The object requires all the more attention as it combines several experiences: we will thus investigate the way in which aesthetic rituals, the approaches of literary criticism, tourist activity and the experience of urban space are combined. It will also be a question of proposing an international approach to a phenomenon which generally remains national in scope because of its link to the development of territories. Finally, the project aims to question the reciprocal links between literary tourism and the construction of a history of literature. 

We would be happy to receive proposals from any discipline and covering any geographic area. Papers may deal with, without necessarily being limited to, the following main lines of thought:

1: The literary walk as a tourist practice  

- the evolution of this practice over time  

- the diversity of audiences and tourist traditions  

- the relation to public tourist infrastructures  

- tourism and literary history  

- literary tourism and national feeling  

2: The reading experience, the tourist experience  

- methods of situated reading  

- situated reading and digital equipment: GIS, augmented reality, digitization ...  

– the relationship between the staging of a text and tourism 

- tourist experience and identification  

- relationships to other literary tourism experiences (museums, festivals)  

- literary criticism and sociability  

3: The literary walk as a critical genre  

- the literary walk and the biography of a writer  

- the literary walk and aesthetic filiations  

- criticism and the territorial anchoring of literature  

- the literary walk as a romantic motif

Paper proposals (500 words max.) should be sent to Mathilde Labbé (univ-nantes.fr), Tom Williams (univ-angers.fr) and Brigitte Diaz (unicaen.fr) before November 1, 2020. The scientific committee will meet in Novembre to respond to the authors.

 

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[1] Voir A. Bertina, dans « Promenade dans les pas et les pages de Julien Gracq », Maison Julien Gracq, 2017.

[2] H. James, Voyage en France, 1877; Henry James, The Birthplace, 1903.

[3] M. Halbwachs, La Mémoire collective [1950], éd. L. Audy & J.-M. Tremblay, Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2001, p. 6.

[4] Voir entre autres le site Terre des écrivains, mais aussi le projet récent Promenade littéraire, Le Havre 2012 (S. Anton) : http://www.promenadelitteraire-lehavre.fr ; ; « GéoCulture – La France vue par les écrivains » ; « La Lorraine des écrivains » (URL : http://lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr/en/cartographie-auteurs/) ; Ancrages-Passages, 2017, URL : http://canalnord.org/ancrages-passages/#ACCUEIL.

[5] L. Devisme, « Territorialités contrastées. Pour une analyse du versant territorial des identités. Les degrés de liens aux lieux observables à St-Florent-le-Vieil » dans J. Boissonade, L. Devisme, J. Stavo-Debauge, N. Auray.

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